La roque Saint Christophe

mardi 13 novembre 2007
par  BJC

Ce site troglodytique a une riche histoire qui part de la préhistoire jusqu’à la guerre des religions.

À mi-chemin entre les Eyzies et Montignac, dans l’un des plus beaux paysages du Périgord, s’élève en à pic sur la Vézère l’énorme falaise de la Roque Saint-Christophe.

Ce véritable mur de calcaire long d’un kilomètre et haut de quatre-vingt mètres, sans cesse sapé par la rivière et le gel, s’est creusé d’un foisonnement d’abris sous-roche et de longues terrasses aériennes aux impressionnants surplombs.

Ces cavités naturelles ont été occupées par l’homme à la Préhistoire (-55.000 ans) puis ensuite modifiées pour devenir un fort et une cité au Moyen-Âge jusqu’au début de la Renaissance.

Nul doute qu’un tel site qui superpose sur cinq niveaux tant de refuges naturels et s’offre comme un magnifique observatoire sur la rivière et sa vallée où abondait le gibier, n’ait attiré, dès le Paléolithique Moyen, les peuplades préhistoriques. D’ailleurs, à quelques centaines de mètres de là, se trouve le célèbre gisement du Moustier dont les fouilles ont exhumé les restes d’un homme de Néandertal.

Depuis ces époques reculées, la Roque Saint-Christophe n’a probablement jamais cessé d’être occupée comme en témoignent les nombreux vestiges qu’on y a trouvé.

Il est vraisemblable que dès l’époque gauloise, on ait commencé à modifier et agrandir les cavités naturelles de la falaise ; mais c’est au Xème siècle de notre ère qu’elle va se transformer en une véritable forteresse troglodytique.

Nous sommes alors à la fin des incursions normandes et celles-ci ont laissé suffisamment de mauvais souvenirs pour que l’évêque de Périgueux, Frotaire, représentant le seul véritable pouvoir en place dans cette époque troublée, pour prévenir de nouveaux raids, décide la construction d’un réseau de forts surveillant les traditionnelles voies d’accès des pillards.

La Roque Saint-Christophe, de par son excellente position stratégique, est l’un de ces verrous. Sa garnison pouvant contrôler la vallée et interdire, à l’aide de projectiles, le trafic sur la rivière qui coule directement au pied du rocher, véritable fossé naturel.

Dès lors, abri et terrasses se ferment de palissades de bois et de murs de pierre, sont reliés entre eux par des escaliers et des trappes creusés dans le roc ou par des passerelles et des échelles dont on voit encore les appuis. Pour se préserver des attaques, on aménage soigneusement les entrées en les réduisant à de simples étroitures ouvertes sur le vide, surveillées par des loges et casemates de défense. On creuse niches, bat-flancs, cheminées, rigoles et canalisations drainant les eaux de sources et de ruissellement vers des réservoirs.

Les énormes rochers que surplombe la falaise et qu’entoure la rivière sont eux aussi fortifiés et transformés en un véritable port alors qu’une petite cité vient se greffer à la forteresse. Ainsi favorisée par sa position naturelle et par ses confortables aménagements, la Roque Saint-Christophe va prospérer pendant quelques siècles et attirer, lors de la Guerre de Cent Ans, la convoitise des Anglais. Ils l’assiégèrent en 1401 et s’en emparèrent par la famine avant d’être eux-mêmes chassés 5 ans plus tard.

Enfin, pendant les guerres de religion, la forteresse étant sporadiquement occupée par les protestants, le sénéchal du Périgord décide de leur ôter définitivement ce point d’appui et ordonne sa destruction en 1588. Tous les habitants de la région, avec leurs outils et chariots, seront réquisitionnés pour la démolition, ce qui prouve indirectement la solidité et l’importance des constructions qui s’élevaient là et leur intérêt militaire. Peut-être, est-ce curieusement depuis cette époque et jusqu’à sa récente mise en valeur, que l’endroit a connu sa plus longue période d’abandon (300 ans).


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